Sclérose en olaques avancées de la recherche

Sclérose en plaques : vers un tournant thérapeutique

Maladie dégénérative du système nerveux, la sclérose en plaques touche plus de deux millions de personnes dans le monde, dont plus de 100 000 en France (5000 nouveaux cas par an) et 400 000 en Europe. Cette pathologie grave et jusqu’à présent incurable est la troisième maladie neurodégénérative la plus fréquente, derrière Alzheimer (30 millions de malades) et Parkinson (6,3 millions de malades dans le monde). Ses causes restent mal connues et associent probablement des facteurs génétiques et environnementaux (virus, alimentation, mode de vie, pollution). Les trois quarts des malades sont des femmes et selon les dernières données de l’OMS, 33 humains sur 100.000 seraient touchés par la SEP. Mais, de manière surprenante, cette prévalence varie de manière considérable selon les régions du Monde : celle-ci est de 140 pour 100.000 en Amérique du Nord, de 108 pour 100.000 en Europe, mais seulement d’environ 2 pour 100.000 en Asie et en Afrique subsaharienne.

La SEP est une affection qui touche la myéline, la gaine qui isole les nerfs et permet à l’influx nerveux d’être transmis rapidement. La sclérose en plaques provoque une disparition progressive de la myéline sur certaines zones du cerveau et de la moelle épinière, ce qui se traduit par l’apparition et l’extension de zones cicatricielles en forme de plaques. Au fil des années, la progression par poussées de cette maladie finit par provoquer des séquelles lourdes et souvent très invalidantes et par altérer de nombreuses fonctions, notamment le contrôle des mouvements, la parole et la mémoire.

Les scientifiques ont à présent bien établi qu’il existait deux étapes dans la SEP : pour la majorité des malades, cette affection commence par une forme rémittente, qui se manifeste par une série de poussées tous les deux ans environ. Ensuite, après une quinzaine d’années environ, une forme progressive de la SEP s’installe.

La médecine dispose depuis peu de deux nouvelles molécules pour traiter la forme chronique de cette maladie : la première est la biotine (Vitamine B8), qui permet, à très fortes doses, d’agir sur les mitochondries et d’augmenter le potentiel énergétique des neurones, ce qui a pour effet de relancer la production de myéline. Selon une étude récente, ce nouveau traitement permettrait d’améliorer la mobilité de 15 % des patients au bout de deux ans. Ce traitement, qui bénéficie déjà à 2 000 malades, devrait prochainement obtenir une autorisation de mise sur le marché en France.

L’autre médicament à l’essai est l’ocrelizumab. Cette molécule est administrée par perfusion tous les six mois et elle empêche les lymphocytes B de s’attaquer à la myéline ; elle permet également d’améliorer l’état des 15 % de patients qui ont d’emblée des formes progressives de la maladie. Mais d’autres percées thérapeutiques sont en cours : outre-Atlantique, des chercheurs canadiens ont annoncé en juin dernier avoir réussi à stopper la sclérose en plaques chez 23 patients (sur les 24 que comptait l’essai) ayant un mauvais pronostic. Pour obtenir ce résultat remarquable, les scientifiques ont eu recours à un traitement radical qui n’est pas sans risques : ils ont provoqué la destruction totale du système immunitaire suivie d’une autogreffe de cellules souches hématopoïétiques (Voir The Lancet).

Après un prélèvement de cellules souches hématopoïétiques autologues CD34, les patients, au lieu de recevoir un classique traitement immunosuppresseur, ont bénéficié d’un traitement beaucoup plus agressif qui a détruit totalement leur système immunitaire. Selon les chercheurs, cette option thérapeutique permet d’agir en surmontant l’obstacle redoutable de la barrière hémato-encéphalique, ce qui permet d’atteindre l’ensemble du système nerveux. Afin de restaurer dans les meilleurs délais le système immunitaire des patients ainsi traités, les chercheurs leur ont ensuite administré les cellules hématopoïétiques autologues préalablement prélevées.

Grâce au suivi par IRM, les chercheurs ont constaté chez tous les patients une régression très importante des lésions et l’absence de nouvelles lésions. Aujourd’hui, la maladie est stoppée depuis 13 ans et les patients ne prennent plus aucun médicament. Tous les patients ont en outre vu leur état de santé s’améliorer considérablement et ont pu reprendre une vie quasiment normale. Bien que ces résultats soient tout à fait inespérés, le Professeur Mark S Feedman, qui a codirigé cette étude, appelle à la prudence en raison du faible nombre de malades traités. Il souligne en outre que ce traitement est très agressif et doit faire l’objet d’une évaluation rigoureuse de la balance « bénéfice-risque ».

Une autre avancée majeure a été annoncée, après 15 ans de recherche, en juillet dernier par des chercheurs de l’INSERM, basés à l’Institut CYCERON de Caen. Ces scientifiques ont montré qu’un anticorps, le Glunomab, possédait un pouvoir thérapeutique potentiel important contre la sclérose en plaques. Ces chercheurs dirigés par Fabian Docagne ont développé cet anticorps et l’ont testé sur des souris. Ils ont alors pu vérifier que le Glunomab bloque l’activation d’un récepteur, le NMDA, grâce à l’action d’une protéine, le tPA, ce qui a pour effet de limiter le passage des lymphocytes agresseurs qui détruisent les fibres nerveuses. L’équipe a testé les effets thérapeutiques de cet anticorps sur des souris affectées d’une forme de sclérose en plaques. Les chercheurs ont constaté que la progression des troubles moteurs (paralysie partielle ou totale des membres) était bloquée après une injection par intraveineuse de Glunomab. Autre observation encourageante : une diminution de l’infiltration des lymphocytes dans le tissu nerveux et une réduction de la destruction des gaines nerveuses chez les souris traitées avec cet anticorps. Fort de ces résultats, le Docteur Fabian Docagne espère pouvoir démarrer les essais cliniques sur l’homme le plus rapidement possible.

Signalons également qu’il y a peine quelques jours, le groupe suisse Novartis a annoncé des résultats positifs d’une étude clinique de phase finale III pour un nouveau médicament contre une forme particulièrement agressive de la sclérose en plaques (SPMS). L’étude, nommée EXPAND, est la plus vaste jamais menée contre cette forme dite progressive secondaire de l’inflammation des cellules nerveuses de la moelle épinière et du cerveau. Elle regroupe 1650 personnes dans 31 pays. Comparé à un placebo, le médicament BAF312 agit sur le récepteur S1P qui active le processus de destruction de cellules nerveuses par une réaction aberrante du système immunitaire. Ce nouveau traitement parvient ainsi à ralentir la progression de l’invalidité motrice et cognitive provoquée par la sclérose en plaques de type SPMS (Voir Novartis).

Parallèlement à ces avancées thérapeutiques remarquables, de récentes découvertes nous éclairent sur les mécanismes complexes de cette maladie. Jusqu’au début de ce siècle, les technologies disponibles ne permettaient pas aux chercheurs de réaliser des analyses comparatives des génomes à grande échelle pour repérer d’éventuelles mutations impliquées dans cette pathologie. Mais grâce aux nouvelles générations de puces de génotypage, il est à présent possible de repérer en une seule fois cinq millions de variants, que l’on appelle SNPs (Single NucleotidePolymorphisms)

En 2011, l’International Multiple Sclerosis Genetics Consortium (IMSGC) a publié une étude au cours de laquelle ont été analysés plus de 450.000 SNPs répartis tout le long du génome, de près de 10.000 patients et plus de 17.000 individus sains. Elle a permis d’identifier de manière certaine 52 variants de prédisposition génétique à la SEP. Une étude complémentaire conduite par Vincent Damotte a finalement permis de porter à 110 le nombre de facteurs génétiques associés à la prédisposition et d’expliquer environ 20 % de la part génétique de la maladie.

En juin dernier, des chercheurs de l’université de Colombie-Britannique (Canada) ont en outre identifié une mutation génétique importante qui serait à l’origine de la sclérose en plaques. Dans cette nouvelle étude parue dans la revue Neuron, le matériel génétique de 2 0000 familles du Canada a été analysé. Des mutations communes à plusieurs familles dans lesquelles ont été constatés des cas de sclérose en plaque ont été observées. Les personnes qui présentaient des variantes du gène NR1H3 présentaient 70 % de risque de développer la sclérose en plaques (Voir Cell).

Pour identifier la mutation génétique recherchée, ces chercheurs ont eu accès à un registre contenant des échantillons de sang prélevés chez 4400 personnes diagnostiquées avec la sclérose en plaques et chez 8600 membres de leur famille biologique depuis 1993. Il s’agit de la plus grande banque d’échantillons de ce genre au monde. Les chercheurs ont découvert que la mutation se trouve dans le gène NR1H3, qui produit une protéine qui est centrale dans la création de la myéline. L’inflammation et l’immunité sont notamment modulées par cette protéine.

Seulement une personne sur 1000 atteinte de sclérose en plaques possède cette mutation. Mais les chercheurs estiment que cette découverte révèle le processus biologique qui mène à une forme agressive de la maladie et confirme que certaines formes de sclérose en plaques sont bel et bien héréditaires.

Toujours au Canada, en mai dernier, une équipe du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval a mis au jour l’implication d’une molécule dans le développement de la sclérose en plaques, une maladie auto-immune qui attaque le système nerveux central. L’équipe du chercheur Steve Lacroix a montré que la molécule interleukine IL-1bêta joue un rôle important dans le développement de l’inflammation et de l’auto-immunité cérébrale. « Nous avons pu montrer que lorsque cette molécule est bloquée, les souris ne développent pas la sclérose en plaques », précise le Docteur Lacroix qui souligne que la découverte de l’implication de l’interleukine IL-1bêta ouvre également une nouvelle voie thérapeutique très prometteuse.

En juillet dernier, une étude américaine très intéressante de l’Université d’Harvard a montré que les personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP) ont un microbiome intestinal différent des personnes en bonne santé. Ce travail, qui a été mené sur 60 personnes atteintes de la maladie et 43 personnes en bonne santé, a confirmé que le microbiome des personnes atteintes contenait des niveaux plus élevés de certaines bactéries (Methanobrevibacter et Akkermansia) et moins élevés d’autres (Butyricimonas) comparativement aux personnes en bonne santé (Voir Nature). Mais les chercheurs ne savent pas encore si ces déséquilibres spécifiques du microbiome sont une cause ou une conséquence de la maladie.

Il semble en tout cas que le mode de vie et l’alimentation puissent jouer un rôle important dans la prévention contre cette grave pathologie neurodégénérative. Récemment, deux études ont été réalisées, une située en Suède avec 1620 sujets et l’autre aux États-Unis avec 1172 participants. Ils ont constaté que le risque de souffrir de sclérose en plaques était systématiquement plus élevé chez ceux qui buvaient le moins de café, même en tenant compte de facteurs comme le tabagisme et le poids. Dans les deux études, les sujets qui buvaient au moins 900 ml de café par jour abaissaient leur risque de sclérose en plaques d’environ 30 pour cent, comparativement à ceux qui n’en buvaient pas du tout. Plus la quantité de café bu était élevée, plus le risque de souffrir de la sclérose en plaques diminuait.

Si le café semble jouer un rôle protecteur vis-à-vis de cette maladie, le tabac semble au contraire être un facteur aggravant, comme l’ont montré plusieurs études convergentes. En 2005, une équipe de l’École de santé publique de Harvard, dirigée par le Professeur Miguel Hernán, a analysé sur une période de cinq ans les dossiers médicaux de 179 sujets atteints de sclérose en plaques au stade précoce de la maladie, caractérisée par des poussées symptomatiques alternant avec des phases de rémission. Ces recherches ont pu montrer que les patients qui fumaient ou avaient fumé avaient un risque de voir leur maladie évoluer vers la forme progressive 3,6 fois plus élevé que chez les non-fumeurs (Voir NCBI). Une autre étude publiée en 2009 et réalisée par une équipe de l’Université John Hopkins de Baltimore à partir d’une cohorte de 30 000 personnes a par ailleurs montré que les fumeurs les plus précoces (ceux qui ont commencé à fumer avant 17 ans) ont 2,7 fois plus de risque de souffrir d’une sclérose en plaques que les non-fumeurs (Voir Science Daily).

Commentant ces résultats, le Professeur Joseph Finkelstein, qui a mené ces travaux, souligne que « De nombreuses études scientifiques convergent pour montrer que les facteurs environnementaux jouent un rôle de premier plan dans la sclérose en plaques et parmi ceux-ci, le tabagisme précoce est un facteur environnemental qui peut être évité ».

Une autre étude publiée début 2016 et réalisée par des chercheurs de l’Université John Hopkins de Baltimore (Etats-Unis) a par ailleurs montré qu’une supplémentation en vitamine D pourrait être une stratégie de traitement pour les personnes atteintes de sclérose en plaques (Voir Medical Xpress). Dans ce travail, les chercheurs ont analysé les effets d’une forte supplémentation en vitamine D pendant 6 mois, chez 40 adultes âgés de 18 à 55 ans souffrant de sclérose en plaques récurrente avec des périodes de rémission. Résultat : les malades qui avaient pris une dose élevée de vitamine D3 avaient un niveau sensiblement plus faible de lymphocytes T, un type de cellules qui constitue un bon marqueur de l’activité de la maladie. En revanche, aucune baisse de ces cellules T n’était enregistrée chez ceux qui avaient pris la plus faible dose de vitamine D. « Ces résultats sont très intéressants car ils montrent que la vitamine D a le potentiel pour être un traitement peu coûteux, sûr et pratique pour les personnes atteintes de sclérose en plaques. Mais il faut confirmer ces résultats avec de plus grands groupes de personnes afin de comprendre le mécanisme de cet effet protecteur » a déclaré le Docteur Peter Calabresi,

Rappelons enfin qu’il existe un faisceau d’indices des plus convaincants montrant que certains mécanismes biologiques communs sont probablement impliqués à la fois dans la sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer (Voir RT Flash) et qu’il y a là un vaste et passionnant champ de recherche à explorer, tant sur le plan fondamental que clinique.

Ces récentes avancées de la science et de la médecine laissent espérer, pour la première fois, qu’il est envisageable, bien plus tôt que prévu, sinon de guérir totalement cette terrible maladie, du moins d’en contrôler, dans un très grand nombre de cas, l’évolution et d’améliorer considérablement l’état de santé et la qualité de vie des malades.

Bien que cette maladie, comme toutes les pathologies qui touchent le fonctionnement du cerveau et du système nerveux, soit d’une complexité redoutable et n’ait pas fini de livrer tous ses secrets, il n’est pas exagéré de dire que nous vivons aujourd’hui un tournant thérapeutique décisif, ce qui constitue un véritable espoir pour tous les malades et leurs familles et doit bien sûr nous inciter à poursuivre cet effort international et pluridisciplinaire de recherche pour vaincre définitivement cette affection dévastatrice.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

 

Source

sclérose en plaques
Le 21 juillet 2016.

Une équipe de chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) aurait mis au point un anticorps capable de lutter efficacement contre la sclérose en plaques, cette maladie auto-immune, qui affecte le cerveau et la moelle épinière.

Bloquer la progression des troubles moteurs

Des chercheurs de l’Inserm, travaillant sous la houlette du Pr Denis Vivien, ont développé un anticorps possédant des effets thérapeutiques potentiels contre la sclérose en plaques. Une découverte majeure qui représente un véritable espoir pour les patients atteints de cette maladie, qui provoque des troubles moteurs, sensitifs et cognitifs et qui peut entraîner une paralysie totale.

Selon les chercheurs, les cellules immunitaires des patients atteints de sclérose en plaques détruisent la gaine de myéline qui entoure et protège les prolongements des neurones. Une destruction qui perturbe alors la transmission de l’influx nerveux. Ils ont donc mis au point un anticorps, appelé Glunomab, qui limite le passage dans le système nerveux des cellules agressives du système immunitaire.

Aucun effet secondaire n’a été constaté

« Ce médicament a montré une efficacité importante chez la souris, une souris qui présente quelque chose qui ressemble à la sclérose en plaques », explique Fabien Docagne, chercheur à l’Inserm. « Quand on donne ce médicament, la souris va mieux. On empêche la progression de la maladie et les souris n’ont pas de paralysie du train arrière. »

Après une injection intraveineuse du Glunomab, la progression des troubles moteurs est bloquée et aucun effet secondaire n’a pour l’instant été constaté. « Dans ces conditions, vu son efficacité, on espère qu’un jour cette cible pourra devenir un traitement chez l’homme », a ajouté le chercheur. L’Inserm part donc à la recherche de financements – plusieurs millions d’euros – pour lancer un premier essai clinique chez l’homme.

L’essai clinique est sur le point de débuter. En juin. Un seul patient. L’enjeu est énorme. Une maladie réputée incurable pourrait être soignée. Et un vaccin serait possible. Le professeur Jean-Marie Saint-Remy, fondateur de la spin-off ImCyse, est à la veille d’une consécration. Il aura bientôt vaincu la sclérose en plaques.

On imagine la pression. D’abord pour le patient (ou la patiente) en question, qui n’a pas souhaité livrer son témoignage ici. À quoi bon s’exposer maintenant dans la presse? Aussi prometteuse que soit l’expérience, il n’y a pas encore à se vanter d’une victoire, avant qu’ait eu lieu le combat. Mieux vaut arriver avec la bonne nouvelle d’une réussite, d’une guérison!

La première injection du traitement proprement dit aura lieu dans moins d’un mois, en juin. L’heure est à la concentration, aux préparatifs finaux, à la prière…

Et on imagine aussi la pression pour le corps médical qui l’entoure, le médecin de ce (cette) patient(e), le professeur Vincent Van Pesch, neurologue aux cliniques universitaires Saint-Luc. Et surtout pour un autre professeur, Jean-Marie Saint-Remy, celui par qui tout est devenu possible, l’homme de science qui a mis la thérapie au point, avec son équipe d’une petite quinzaine de chercheurs. Nous le retrouvons au bio-incubateur de la KUL, dans les locaux d’ImCyse, la société qu’il a fondée en juillet 2010. ImCyse est aussi installé au Giga du Sart Tilman à Liège. Wallonie, Flandre, Bruxelles, … les trois régions sont impliquées.

La sclérose en plaques

Une maladie de femme

14.000 cas en Belgique.

Le traitement à l’Interféron coûte 11.250 euros par an au patient (avant intervention de l’Inami).

Se déclare entre 20 et 35 ans.

Les femmes sont deux à trois fois plus touchées que les hommes.

Maladie inexistante dans l’hémisphère sud.

L’enthousiasme et l’intensité du moment, c’est dans les yeux de Jean-Marie Saint-Remy que nous les lisons aujourd’hui. Le professeur se sait à un doigt d’une réussite immense. Sa thérapie est révolutionnaire, au sens où l’approche est différente, un peu à la manière de l’œuf de Colomb. Le docteur Saint-Remy n’a pas aménagé ou transformé des outils existants, qui font très bien ce qu’ils ont à faire, dans les limites étroites de leur périmètre. Non, il en a inventé d’autres, d’une autre nature, dans une autre dimension stratégique. Et sa trouvaille lui a permis d’envisager de guérir, d’éliminer définitivement le facteur de maladie, là où l’état actuel de la médecine permet seulement de gérer des symptômes, avec le secours de médications dont les effets secondaires finissent par faire plus de mal que de bien.

Ce que la plateforme technologique d’ImCyse met en œuvre représente un espoir de se débarrasser de la sclérose en plaques, mais aussi d’autres maladies auto-immunitaires. Non seulement d’en guérir, mais aussi de s’en prémunir, car la technique d’ImCyse ouvre aussi la voie à des campagnes de vaccination. « Les traitements classiques de la sclérose en plaques, à base de corticoséroïdes, d’anticorps monoclonaux, de molécules chimiques, ne sont jamais qu’un mauvais compromis entre la prise d’un maximum de médicaments, pour un effet maximum, et un minimum d’effets secondaires indésirables », explique Jean-Marie Saint-Remy. Dépasser la logique du mauvais compromis rendra possible l’impossible.

Dans la cuisine intérieure

Le regard de Jean-Marie Saint-Remy pétille quand il en vient à expliquer la recette magique d’ImCyse. Ici, on entre dans la cuisine intérieure de notre bien-être physiologique ou de notre malheur. Le thème du jour: la sclérose en plaques.

L’origine de cette maladie reste « mystérieuse », explique le professeur, « inflammation, infection, toxicologie,..? » On n’en saura rien, mais il ne faut pas nécessairement en connaître l’origine pour la guérir. L’essentiel est de comprendre le mécanisme et de l’enrayer.

Lentement, pour laisser à son interlocuteur le temps de soupeser chaque pièce, le médecin démonte la machinerie de la sclérose en plaques, avec force schémas. « La maladie attaque la myéline, gaine protectrice des neurones. Celle-ci s’enflamme et, dans ce foyer de troubles, se mue en antigènes, qui sont vus par l’organisme comme des protéines ‘étrangères’. Alerte! Le gendarme immunitaire qui, dans la périphérie de notre corps, veille au grain, en communication permanente avec le centre nerveux des neurones, se réveille. Branle-bas de combat et réactions en sens divers: inflammatoires, destructrices… » Le gendarme perd la tête et finit par détruire sa propre caserne. La maladie auto-immunitaire s’installe. C’est l’escalade, le combat nourrit le combat, l’insurrection s’étend. « Cerveau et moelle épinière subissent des dégâts. La matière grise, centre des connexions, est touchée. La matière blanche aussi, qui règle les émotions, la mémoire, la mobilité… »

« Je est un autre », écrivait Rimbaud dans une formule paradoxale qui a interpellé bien des philosophes, toujours attirés par le tissu de contradictions qui enveloppe l’humanité. Ce paradoxe littéraire, les personnes atteintes d’une maladie auto-immunitaire le vivent dans leur corps, lequel se rebelle par traîtrise, ou plutôt victime d’un énorme malentendu.

Le professeur poursuit: « La première réaction du neurologue, face à la sclérose en plaques, est alors de limiter l’effet boule de neige de l’inflammation, à grands renforts de corticostéroïdes. L’arme est efficace, elle permet de gagner du temps, mais pas sans risques: diabète, cataracte, prise de poids… » La liste des dommages collatéraux laisse dubitatif. Et si l’ennemi est intimidé, il continuera néanmoins son travail de sape.

« Les traitements classiques ne sont jamais qu’un mauvais compromis entre un maximum de médicaments et un minimum d’effets indésirables. »

Jean-Marie Saint-Remy

« La deuxième réaction consiste à agir sur le mécanisme de communication de l’organisme. » Le grabuge étant lié à une erreur d’interprétation des messages chimiques, on peut effectivement bloquer les canaux de transmission des messages. Donc, explique Jean-Marie Saint-Remy, « neutraliser, dans le cerveau, l’action destructrice. La cible est alors la réponse immunitaire. Le principe est d’empêcher la cellule qui porte l’information dangereuse d’atteindre le niveau central. Et dans ce but, on interrompt toute communication. Une solution radicale, à hauts risques, qui entraîne, immanquablement, son lot de dysfonctionnements divers. » Dans cette stratégie casse-cou, où l’on neutralise tout le système immunitaire, les armes sont des anticorps monoclonaux ou une poignée de molécules chimiques. Il en existe six ou sept sur le marché, précise le professeur.

Le troisième scénario – et ici Jean-Marie Saint-Remy pénètre dans sa zone expérimentale –, consiste « à supprimer la seule réponse immunitaire qui s’attaque à la myéline. On ne touche à rien d’autre! » En somme, après le tapis de bombes aveugle, apprendre à viser et abattre le fauteur de troubles et lui seul. La solution radicale, c’est d’organiser ce commando: « Un antigène spécifique à la myéline. Ainsi, aucun danger d’effets secondaires, le système immunitaire est préservé et on ne va jamais trop loin dans le traitement. » Il n’y aura pas de pont trop loin… La nouvelle thérapie d’ImCyse évacue la problématique de l’équilibre instable entre dosages médicamenteux et dommages collatéraux. « Ce n’est pas un rêve, c’est une réalité… »

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, mais rien ne vaut un dessin. Jean-Marie Saint-Remy saisit son crayon et trace un schéma limpide.

« Ici, se trouve la source de myéline qui, chez la personne atteinte de sclérose en plaques, produit et diffuse des séquences de myélines défectueuses. Ces séquences, une fois lâchées, sont alors détectées comme des protéines étrangères, antigènes, par des ‘guetteurs’, qui circulent, en permanence, à l’affût de tout événement qui se présente. Ce sont les ‘cellules présentatrices d’antigènes’. »

Il dessine ce guetteur, petite cellule sans grade, qui a saisi la petite séquence de myéline et qui la présente gentiment à sa surface, semblant dire à qui veut l’entendre: « Tiens, regarde ce que je viens de ramasser! » Or passe par là une autre cellule, répondant au nom de « lymphocyte T », dont le rôle est justement d’analyser les trouvailles de ces cellules présentatrices, et, surtout, de décider d’une action. Car ce gradé va donner des ordres. Le bout de myéline empoisonné, qu’il voit dans les mains du guetteur, le motive à lancer une attaque. Dans sa logique carrée, il bombarde l’origine du mal, la source de myéline. Sans se rendre compte, évidemment, qu’en intensifiant son attaque contre l’usine de myéline, la production devient de plus en plus empoisonnée, ce qui l’oblige à redoubler d’efforts: le cercle vicieux est lancé. La sclérose en plaques est un phénomène d’emballement et « la maladie dépend du niveau d’intensité de la réaction du lymphocyte T ».

Voilà la mécanique mise à jour. En éclaté.

La stratégie gagnante

Où réside alors, dans ce schéma, le point faible, le talon d’Achille de l’adversaire, la clé qui permettra retourner la situation? « Là », indique Jean-Marie Saint-Remy. Et il montre la petite séquence de myéline empoisonnée présentée par le guetteur. Cette petite protéine que le lymphocyte T s’apprête à lire. « Nous avons trouvé le moyen de modifier le message. À la séquence de myéline, nous ajoutons un petit bout d’information. La formule se résume à quatre lettres: CXXC. ‘C’ pour cystine et ‘X’ pour acide aminé. C’est-à-dire, dans notre jargon, un motif contenant une activité d’oxydoréduction, qui va programmer le suicide des cellules présentatrices, lesquelles seront dès lors forcées à s’autodétruire. » Un mot de quatre lettres, glissé dans un message codé: la décisive opération de contre-information va inverser le cours des choses. Car, à la lecture du message, revu et corrigé par l’équipe du professeur Saint-Remy, le gendarme lymphocyte T prendra une tout autre décision, une autre direction. Au lieu de s’attaquer à la source de myéline et de jeter ainsi de l’huile sur le feu, alimentant le brasier intérieur, il tuera simplement le messager.

Dans « Œdipe Roi », Sophocle faisait dire à Antigone: « Personne n’aime le messager de mauvaises nouvelles. » Shakespeare en rajoutait une couche et faisait « tuer » ce messager. Le procédé, qui ajoute une note dramatique au théâtre, prend ici un autre sens: il permet, au contraire, de dénouer la tragédie qui se joue au sein de l’organisme. Jean-Marie Saint-Remy précise: trois injections suffisent. Trois coups avant un lever de rideau. Changement de décor. Le cercle vicieux est transformé en cercle vertueux, le processus inflammatoire est enrayé, une phase de récupération s’enclenche. Le visage de Saint-Remy s’illumine, il est formel: « Le patient est sûr de pouvoir récupérer ses fonctions altérées! Du moins en partie. »

Cette thérapie cellulaire, dite autologue, consiste en une prise de sang pour prélever des cellules sanguines du patient. En culture, l’équipe médicale effectue son opération de désinformation. Quatre stimulations permettent d’obtenir une sélection homogènes de cellules à activité thérapeutique. Une fois que les lymphocytes T, porteurs du message imposé par le code CXXC, sont transformés en tueurs de messagers, ils sont réinjectés et le miracle s’accomplit.

Il faut compter deux mois environ, entre la prise de sang et la réinjection. Dont 24 h de test et 4 à 6 semaines de mise en culture. Le schéma a été validé, standardisé, s’appuyant sur un modèle animal de thérapie cellulaire. Quelques souris ont été induites en maladie, un minimum, mais avec des protocoles qui miment, au maximum, le modèle humain.

Le premier patient, qui aujourd’hui se prête à l’essai clinique, a été recruté en janvier et recevra l’injection en juin, à Bruxelles, aux cliniques Saint-Luc. D’autres patients seront recrutés entre-temps dans les trois hôpitaux belges avec lesquels ImCyse collabore : Saint-Luc (UCL), Sart-Tilman (ULg), Gasthuisberg (KUL). Pour suivre le même protocole et confirmer les données.

L’horizon? Fin 2016, si tout va bien, les résultats complets de cette première étude seront connus. La population visée en première instance? Les patients victimes de la forme récurrente de la maladie, chez qui la sclérose n’a pas encore trop lourdement affecté l’organisme.

Une fois le principe acquis, le developpement complet prendra encore plusieurs années. La question qui se posera à ImCyse sera celle de l’échelle, du déploiement d’une technique désormais éprouvée. Le professeur évoque des campagnes de vaccination directe auprès de populations à risques, dont il reste à définir le profil (hérédité, environnement…).

Développement

Jean-Marie Saint-Remy conclut: « ImCyse est une plateforme technologique, pas un nouvel emballage pour une babelutte! » C’est-à-dire un vivier de solutions. Et la technique qu’il est en train de valider pour la sclérose en plaques vaut pour d’autres maladies auto-immunitaires. Au premier rang desquelles… le diabète insulino-dépendant.

Effectivement, on imagine la pression. L’enjeu de l’essai clinique en cours est considérable. « Il s’agit d’une technologie de rupture, révolutionnaire, et nous avons l’ambition de la développer dans de nombreux domaines », nous glisse Pierre Vandepapelière, CEO d’ImCyse.

Une porte s’ouvre. Les investisseurs commencent à s’y presser: Meusinvest, Biogenosis… Un premier plan d’investissements a été lancé en 2012. Après la Flandre – ImCyse est devenue spin-off de la KUL en 2011, six mois après sa création –, la Région wallonne est venue la soutenir et l’Europe lui a accordé un gros subside pour son projet dans le diabète. « Le but est d’arriver à guérir ces maladies sévères, on a le potentiel. ImCyse peut devenir un leader mondial de l’immunothérapie. »

Source de l article (http://www.lecho.be)

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BIOTINE et SEP Progressive :
« Les fortes doses de biotine pourraient promouvoir la myélinisation et augmenter la production d’énergie nécessaire à la conduction axonale. Le MD1003 pourrait être utilisé en première intention ou s’ajouter à d’autres traitements chez les patients atteints de SEP progressive.  »
En détail :
« Il s’agit de la première étude réalisée chez des patients atteints de SEP progressive primaire ou secondaire qui utilise comme critère principal d’évaluation le pourcentage de patients qui s’améliorent cliniquement.
C’est une étude randomisée en double aveugle versus placebo visant à évaluer l’efficacité du MD1003 (fortes doses de biotine).
Le critère principal de l’étude est atteint puisque après 9 mois confirmé à 12 mois, près de 13% des patients s’améliorent dans le groupe traité et aucun patient dans le groupe placebo.
L’analyse des critères secondaires montre que le risque de progression chez les patients traités est significativement diminué si l’on considère l’évolution de l’EDSS moyen après 12 mois de traitement et le pourcentage de patients qui progressent après 9 mois avec une confirmation à 12 mois. Il s’agit donc de la première étude où le pourcentage de patients atteints de SEP progressive qui s’améliorent après un an de traitement (près de 13%) est supérieur au pourcentage de patients qui s’aggravent (4%) dans le groupe traité par MD1003, contrairement au groupe placébo.
Le risque de progression dans le groupe traité est diminué de 67% par rapport au placébo.
Le profil de sécurité est satisfaisant. Il faut juste rester vigilant sur les interactions des fortes concentrations plasmatiques de biotine avec certains dosages immunoenzymatiques qui peuvent se révéler faussement positifs ou négatifs.
Les fortes doses de biotine pourraient promouvoir la myélinisation et augmenter la production d’énergie nécessaire à la conduction axonale. Le MD1003 pourrait être utilisé en première intention ou s’ajouter à d’autres traitements chez les patients atteints de SEP progressive.  »
Les résultats de l’étude MS-SPI ont été annoncés à l’occasion de la réunion de l’AAN à Washington le 24 Avril 2015 par le professeur Ayman Tourbah, investigateur coordonnateur de l’étude et membre du CIRMA – ARSEP.

Chez les patients atteints de sclérose en plaques, la myéline (la gaine des fibres nerveuse) et les cellules qui la produisent la myéline sont attaquées par le système immunitaire. Si certains protocoles permettent de retarder l’évolution de la maladie, aucun ne permet aujourd’hui de faire régresser les symptômes. Dans une communication au Journal of the American Medical Association, des chercheurs nord-américains expliquent avoir diminué les signes cliniques de la maladie chez plusieurs dizaines de patients. Le protocole proposé consiste à nettoyer le sang des cellules immunitaires potentiellement inflammatoires, tout en injectant au patient des cellules souches originaires de la moelle osseuse.

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Une thérapie par cellules souches qui inverse la sclérose en plaques au point de redonner une mobilité et une qualité de vie aux patients? C’est ce que semble promettre cette étude de la Northwestern University Feinberg School of Medicine (Chicago) menée auprès de patients atteints de la forme rémittente, la plus courante de la maladie. Ses conclusions, présentées dans le JAMA, doivent cependant encore être confirmées par de plus larges et longues études randomisées. Mais c’est déjà un espoir.

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